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A Massy, le premier collège bilingue en langue des signes !

Publiée le : , dernière mise à jour : 17.08.2022

A Massy, le collège Blaise Pascal accueille depuis un an une classe bilingue en langue des signes française (LSF). Quatre élèves sourds de 6ème ont ainsi pu suivre les cours aux côtés d’élèves entendants grâce à la présence d’une co-enseignante en LSF. Ils rentrent cette année en 5ème. Une première dans l’académie de Versailles.

Comme près de 65 000 collégiens essonniens, Guénolée, Dita, Karim et Léo, de jeunes étudiants sourds, vont reprendre le chemin des cours dans quelques jours. Ils sont en inclusion dans une classe mêlant élèves entendants et élèves sourds au collège Blaise Pascal de Massy. Cet établissement est en effet le seul de l’académie de Versailles, à ce jour, à avoir mis en place depuis 2021 un Pôle d’enseignement des jeunes sourds (PEJS) pour le secondaire. Une spécificité rendue possible par la présence quotidienne d’une co-enseignante en langue des signes française (LSF), Anne-Barbara Vasseur.

Les habituer aux conditions de la vie en société

« J’ai été formée à la LSF et j’avais déjà travaillé avec des élèves sourds en primaire, à l’école Emilie du Chatelet notamment, où étaient scolarisés auparavant trois des adolescents, raconte cette professeure des écoles. L’idée est d’inclure ces élèves à une classe ordinaire pour les habituer aux conditions de la vie en société. Ici, ils sont à la fois avec leurs pairs et avec des élèves entendants. » Les élèves ont d’ailleurs pu être initiés à la LSF cette année.

Mais pourquoi à Massy ? Ce choix de l’académie de Versailles est loin d’être un hasard. A l’origine du projet, il y a l’association massicoise Les Yeux Pour Entendre qui s’est battue pendant des années pour l’accès des personnes sourdes à l’enseignement ordinaire et qui a contribué à mettre en place les prémices de l’enseignement bilingue en primaire. Mais il manque encore beaucoup d’enseignants bilingues LSF pour que ce type de classes se développe.

« J'essaye d'adapter les activités à leur handicap »

Anne-Barbara, l’une des rares à exercer ce métier, suit ses quatre élèves de cours en cours pour traduire, en direct, les instructions données par les professeurs des différentes matières. En français par exemple, l’heure est à la théâtralisation des principaux passages de l’Odyssée. « J’essaye d’adapter les activités à leur handicap, avec des mimes par exemple », explique Diane Lagisquet, professeure de français.

Karim veut jouer Ulysse et Guénolée le Cyclop mais elle s’interroge en signant : « On peut peut-être faire quelque chose de drôle à partir de l’histoire classique, on pourrait jouer le bateau aussi ? » traduit Anne-Barbara dans un sourire, avant de nous confier : « Les élèves sourds ont des difficultés dans l’apprentissage de la lecture et de l’écriture car ils n’ont pas accès au sens par les sons, comme nous. Il faut qu’ils associent un mot à un signe, ce qui est beaucoup plus long. Mais à côté de cela, leur cerveau fonctionne tout à fait normalement et leur niveau scolaire général est dans la moyenne. Ils auront plus de facilité en revanche pour dessiner et imaginer. »

Une équipe pédagogique engagée

Les exercices et les évaluations sont donc les mêmes que pour les autres élèves, avec quelques adaptations : la consigne doit être formulée simplement, en une phrase, les QCM sont nombreux et un temps supplémentaire peut leur être accordé pour la rédaction. Mais les apprentissages, eux, ne changent pas. Aujourd’hui en maths par exemple, la classe travaille sur les unités de volume. « C’est bon, ils ont compris ? » s’enquiert le professeur une fois ses propos rendus accessibles par la co-enseignante, avant de poursuivre la leçon.

« L’équipe pédagogique est très engagée et a été dès le début partie prenante du projet, souligne Aïda Logan, chargée de mission pour la déficience sensorielle pour l’Académie, qui assistait aux cours. C’est une des raisons pour laquelle ce collège a été choisi. » La réflexion est engagée pour la continuité du parcours bilingue du PEJS au lycée sur la commune de Massy pour que ces élèves puissent poursuivre toute leur scolarité dans les mêmes conditions d’enseignement. « Après un an, le bilan est très positif », apprécie Anne-Barbara. Cette année, une nouvelle enseignante continuera à les accompagner et à traduire, de cours en cours.