Croissance verte

Climat : le labo qui brise la glace

Publiée le : , dernière mise à jour : 09.12.2020

Ce n’est plus à démontrer, les activités humaines influencent le climat. En Essonne, sur le plateau de Saclay, le laboratoire des sciences du climat et de l’environnement est mondialement reconnu et étudie son évolution. Son objectif : délivrer les clés pour limiter le réchauffement climatique et permettre aux populations de s’y adapter.

Un réchauffement irréversible

Avec une température moyenne de 12,5°C et une sécheresse tenace, 2020 est en passe de devenir l’année la plus chaude et la plus sèche jamais enregistrée en France. "Les arbres de nos forêts montrent déjà des signes de souffrance", déplore un garde animateur de l’Essonne, dans l’est du département. À l’extrême ouest à Saint-Aubin, Amaelle Landais, glaciologue au Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement (LSCE), confirme : "Nous sommes en train de vivre un changement climatique jamais vu auparavant." Entourée de flacons et de cuves fumantes, elle et son équipe sont en pleine analyse de carottes de glace en provenance de l’Antarctique. "Ces échantillons (de glace, eau, air, roche…), prélevés en profondeur dans le monde entier, permettent de remonter le temps jusqu’à il y a 800 000 ans* et de reconstituer les climats du passé, explique la chercheuse en indiquant des courbes de températures. On voit que le climat a toujours été instable, avec des périodes froides et d’autres chaudes, et on essaye de comprendre les mécanismes qui provoquent ces variations. Aujourd’hui, la planète se réchauffe très rapidement et aucun refroidissement n’est prévu avant plusieurs milliers d’années."

Toute la recherche sur le climat en un seul lieu

Bienvenue au sein de l’Infrastructure pour les sciences du climat et de l’environnement, dite Ice (glace en anglais), le nouveau bâtiment du LSCE construit sur le Plateau de Saclay, avec le soutien financier du Département. Ici, plus de 300 chercheurs, ingénieurs, techniciens, personnels administratifs, enseignants-chercheurs et étudiants dissèquent les climats du passé pour prédire ceux du futur. "Plusieurs d’entre eux sont membres du Giec, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, dont les rapports mondiaux alertent sur l’urgence climatique. Mais notre mission première reste la recherche scientifique", précise François-Marie Bréon, directeur adjoint. Recherches qui englobent la mesure en continu des gaz à effet de serre, principal moteur du réchauffement climatique, et son impact sur l’environnement : pollution urbaine, disparition des coraux… En collaboration avec Météo France, le LSCE travaille aussi au déploiement d’un réseau de lidars, des radars lasers aéroportés. Objectif : gagner en précision en cas d’intempéries, comme celles qui se sont abattues sur le sud-est de la France début octobre…

La parole de l’experte Valérie Masson-Delmotte, paléoclimatologue au LSCE et membre du Giec* nous explique les raisons d’être de l'Infrastructure pour les sciences du climat et de l'environnement.

"Ice regroupe des équipes auparavant éparpillées sur divers sites. Les connaissances produites ici sont des outils de recherche mais aussi d’aide aux choix politiques. Comment agir pour limiter le changement climatique ? C’est la question à laquelle nous nous efforçons de répondre au sein du Giec*, aux côtés de 230 chercheurs de 60 pays. Si l’on parvient à faire baisser les gaz à effet de serre et que l’on atteint la neutralité carbone, alors on peut atténuer ce réchauffement en 20 à 30 ans. Ce défi majeur passe par exemple par les mobilités douces, une alimentation saine et diversifiée, la transformation de nos modes de production… afin de maîtriser notre empreinte carbone. Nous nous devons de faire ce choix d’un développement soutenable pour les générations à venir. "

*Groupe d’experts intergouvernemental sur l'évolution du climat qui a obtenu, en 2007 avec Al Gore, le prix Nobel de la paix pour ses travaux.