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Interview de C. Robert de la Fondation Abbé Pierre

Christophe Robert

Christophe Robert

Rencontre avec Christophe Robert, délégué général adjoint de la Fondation Abbé Pierre. La Fondation publie ce mois en Essonne son rapport annuel sur le mal-logement.

Essonne.fr : Vous présentez ce mois-ci en Essonne votre rapport annuel sur le mal-logement. Quelle est la situation dans un département comme le nôtre?
Christophe Robert : La crise du logement qui frappe notre pays est particulièrement saillante dans les départements d'Île-de-France, comme l'Essonne, du fait de la forte demande et du déficit de logements construits. Et quand il manque des logements, les plus fragiles sont les derniers servis...

Essonne.fr: La crise économique a aggravé la crise du logement, d'après votre rapport. De quelle façon?
C.R.: Ceux qui étaient déjà  en situation de mal-logement, comme les jeunes ou les familles monoparentales, se sont encore un peu plus enfoncés. Et puis, il y a tous ceux qui étaient sur le fil, qui dépensaient déjà  beaucoup trop pour leur logement sans être pour autant des "mal-logés". Ceux-là  ont basculé avec la crise économique. Les classes moyennes inférieures sont particulièrement touchées, de même que les retraités récents ou les travailleurs pauvres. Aujourd'hui, l'emploi ne protège plus forcément des difficultés de logement.

Essonne.fr : Face à  ce sombre tableau, que proposez-vous ?
C.R.: Deux énormes chantiers : construire beaucoup, et là  où on en a le plus besoin. Mais aussi intervenir sur les prix de l'immobilier et les loyers, pour qu'ils soient accessibles aux ressources des ménages. Nous proposons par exemple de plafonner les loyers à  la relocation (ndlr : entre deux locataires). Et nous appelons aussi à  une révision de la loi SRU*, afin d'augmenter le taux de logements sociaux obligatoires et forcer l'application de la loi pour ceux qui ne la respectent pas.

Essonne.fr : Au niveau local justement, que peuvent faire les départements pour lutter contre le mal-logement ?
C.R.: Les départements ont un rôle fondamental à  jouer, avec notamment le Fonds de solidarité pour le logement, qui reste un filet de sécurité pour les plus fragiles. Les conseils généraux peuvent aussi choisir de s'impliquer, comme c'est le cas en Essonne, sur la question de la construction de logements sociaux à  travers des aides "critérisées". Cette compétence, qui n'est pas obligatoire, leur donne ensuite une légitimité pour interpeller l'État au niveau local et demander par exemple l'application de la loi SRU.

Essonne.fr : Dans votre rapport, vous dénoncez aussi la 'France de propriétaires" vantée par le président de la République...
C.R.: Oui, car derrière ce slogan, il y a une réalité : un marché qui explose, des ressources qui n'augmentent pas et des catégories modestes qui s'endettent pour accéder à  la propriété. Vouloir centrer la politique du logement presque exclusivement sur la propriété ne profitera pas aux plus modestes et encore moins aux plus fragiles.

Essonne.fr : Quelle réponse avez-vous reçu de la part du gouvernement à  ce dernier rapport ?
C.R.: Il partage notre diagnostic mais on ne sent pas une volonté d'intervenir massivement sur la crise du logement, qui touche quand même 3,6 millions de personnes en France. C'est pourquoi nous allons soumettre des propositions aux citoyens, puis aux candidats et aux partis dans le cadre des présidentielles de 2012. Parce qu'on pense que vouloir s'attaquer à  cette crise du logement est vraiment une question de choix politique.

*La loi relative à  la Solidarité et au renouvellement urbain (SRU) impose aux villes de plus 1500 habitants et comprises dans une agglomération de plus de 50000 habitants en Île-de-France, de disposer d'au moins 20% de logements sociaux.

Date de création : 23 03 2011
Dernière mise à  jour : 23 03 2011

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BIO

1972 : Naissance à  Paris

1994-2004 : Sociologue dans le bureau d'études associatif FORS-Recherche sociale

2004 : Rejoint la Fondation Abbé Pierre en tant que directeur des études

2007 : Publie sa thèse de doctorat sur les gens du voyage en France

2009 : Devient délégué général adjoint de la Fondation Abbé Pierre