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Alzheimer : l'inflammation protectrice ?

Publié le : 02.11.2016, dernière mise à jour : 20.02.2017

Une étude clinique menée auprès de 96 sujets, dont 64 malades d’Alzheimer, s’appuie sur l’imagerie médicale de pointe du CEA* abritée à l’hôpital d’Orsay. Publiés en mars 2016, les premiers résultats offrent un regard neuf sur l’inflammation du tissu nerveux associée à cette pathologie touchant 3 millions de personnes en France. 

Examen de tomographie par émission de positons © P.Stroppa/CEA

Examen de tomographie par émission de positons © P.Stroppa/CEA

À l’hôpital d’Orsay se cache un appareil d’imagerie médicale doté de l’une des meilleures résolutions au monde. Il faut entrer dans la cour et contourner le bâtiment principal pour le trouver au cœur du service hospitalier Frédéric Joliot (SHFJ**). C’est dans ce centre d’imagerie moléculaire et fonctionnelle qu’officie Michel Bottlaender, médecin et chercheur au CEA. Le scientifique utilise le scanner à émission de positon (PET scan) du SHFJ dans le cadre d’IMABio3, une étude clinique sur la maladie d’Alzheimer***.

Mais avant d’aller plus loin, rappelons quelques caractéristiques de cette pathologie. Les scientifiques connaissent mal son origine mais ont observé, dans le cerveau des malades, l'apparition de plaques amyloïdes qui résultent d'une accumulation anormale de fragments de protéines habituellement présents dans cet organe. Celle-ci conduit à la destruction des neurones et est associé à une inflammation. Selon l’avancement de la maladie, les patients montrent des troubles plus ou moins légers (perte de la mémoire immédiate, difficultés à réaliser des tâches quotidiennes…) voire une démence et une perte totale d’autonomie.

Site performant

L’objectif d’IMABio3 est d’en savoir plus sur la neuro-inflammation qui accompagne la maladie d'Alzheimer. "Ce sont les cellules immunitaires du cerveau – les cellules microgliales - qui en sont à l’origine. Et nous cherchons à savoir si ces macrophages s’activent à un stade précoce ou avancé de la maladie", explique Michel Bottlaender. 38 patients "légers" et 26 "avancés" ont donc été sélectionnés selon les critères définis par le neurologue responsable de l'étude***.

Le site CEA d’Orsay possède de nombreux atouts pour IMABio3 : l’un des 17 PET scan les plus performants au monde, un cyclotron pour produire les éléments radioactifs utilisés dans les protocoles d’imagerie de l’étude et les compétences nécessaires à l’analyse des résultats. "Grâce à la finesse de notre scanner, à la molécule spécifique que nous utilisons pour repérer l’inflammation, et à la modélisation des résultats par des algorithmes dédiés, nous avons pu quantifier les cellules microgliales actives chez nos patients", se félicite le chercheur.

Résultats étonnants

D’après les premiers résultats, les patients scannés à un stade précoce de la maladie présentent beaucoup plus de cellules microgliales actives – donc d’inflammation cérébrale - que ceux pris à un stade plus avancé. Les suivis cliniques sur deux ans ont de plus montré que les malades dont l’activité microgliale était initialement importante ont globalement vu leur état se maintenir, tandis que ceux dont l’inflammation initiale était moindre évoluaient vers une perte d’autonomie.

"C’est une surprise ! Cela va à l’encontre de ce que nous pensions jusqu’à présent, à savoir que l’inflammation favorisait l’évolution de la maladie d’Alzheimer", s’enthousiasme Michel Bottlaender. "À un stade précoce, elle aurait donc un effet protecteur. Avant probablement de s’emballer et de devenir délétère".

L’étude ouvre de nouvelles perspectives face à la maladie d’Alzheimer. En termes de traitement tout d’abord, où l'on peut envisager de ralentir voire empêcher son évolution, mais aussi en termes de diagnostic. "Nous explorons avec l’hôpital Saint-Antoine la piste d’une méthode de détection sanguine des marqueurs de l’inflammation. Elle serait moins lourde et moins couteuse que l’imagerie par PET Scan".

Les suivis cliniques arrivent à présent à leur terme et 90 sujets devront revenir au SHFJ pour une nouvelle série d’images. "Nous sommes impatients. Cette dernière étape nous permettra de visualiser l’évolution de la neuro-inflammation et de corréler les résultats avec nos observations cliniques", conclut le chercheur.

* Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives
** Le Service hospitalier Frédéric Joliot est l’un des trois services de l’Institut d’imagerie biomédicale de la direction de la recherche fondamentale du CEA. Les deux autres services de cet institut sont NeuroSpin à Saclay et MIRCen à Fontenay-aux-Roses.
***IMABio3 est réalisée en partenariat avec le CEA, le centre hospitalier Sainte-Anne, le centre de recherche Saint-Antoine, l’Institut du cerveau et de la moelle épinière (ICM) et l’Institut Roche de recherche et de médecine translationnelle.
****Professeur Marie Sarrazin, centre hospitalier Sainte-Anne

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