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L'Essonne n'oublie pas les tsiganes internés

Commémoration de l'internement des tsiganes et gens du voyage du camp Linas-Montlhéry

L'histoire du camp de Linas-Montlhéry est peu connue. Et pourtant, pendant la Deuxième Guerre mondiale, deux cents tsiganes y ont été internés dans des conditions effroyables, puis déportés. Soixante-dix ans après, gens du voyage, associations et élus rendent hommage aux victimes de cette tragédie.

Il faisait froid et il y avait du brouillard", se souvient Raymond Gurême, unique rescapé du camp de Linas. Le 27 novembre 1940, sur ordre de l'occupant allemand, l'État français procède à  l'arrestation, dans la région de Rouen, de deux cents tsiganes, dont de nombreux enfants en bas âge. Ces Français n'ayant pas un mode de vie sédentaire sont suspectés d'espionnage et internés dans le camp de Linas-Montlhéry. "Revenir sur cette histoire est un devoir", déclare François Lacroix, membre du collectif pour la commémoration de l'internement des tsiganes et gens du voyage du camp Linas-Montlhéry*.

Ce 27 novembre 2010, environ deux cents personnes ont bravé le froid pour une marche commémorative entre la gare de Brétigny-sur-Orge et le camp de Linas, situé à  l'entrée de l'autodrome. Dix kilomètres chargés d'histoire. "C'est un bon moyen pour mieux se connaître et exprimer sa solidarité avec ce peuple mal connu", constate Samuel Primard, 30 ans, venu soutenir les gens du voyage.

Au lendemain de cette marche, place à  la première cérémonie officielle dédiée aux victimes tsiganes de l'internement en Essonne, en présence notamment du préfet et du président du Conseil général. Plus d'une centaine de gens du voyage ont répondu à  l'appel.

Un hommage officiel chargé d'émotion


À Évry, devant la préfecture et le Conseil général où une plaque rend hommage aux victimes de la déportation en Essonne, vingt-huit pierres blanches sont déposées, en souvenir des vingt-huit familles internées, en attendant, un jour peut-être, la pose d'une stèle. "C'est une journée très émouvante, qui signifie que l'on n'oublie pas nos ancêtres qui ont été enfermés pour ce qu'ils étaient, des gens du voyage", explique Dimitri, petit-fils de Raymond Gurême.

Si cette cérémonie* est un symbole fort en vers la communauté des gens du voyage, il reste in suffisant. "Aujourd'hui encore, le nomadisme est un mode de vie difficilement compris et rejeté par la majorité de la population sédentaire, souligne Michel Berson, président du Conseil général.

Comment expliquer, alors que nous révisons le schéma départemental d'accueil des gens du voyage de 2003, qu'en six ans, à  peine un tiers des aires d'accueil préprogrammées ait été réalisé dans notre département? Ce n'est plus acceptable en 2010!".

* Du 25 au 28 novembre, dans le cadre de la Semaine de l'égalité pilotée par le Conseil général, le collectif a proposé d'autres manifestations destinées à  sensibiliser à  la cause des gens du voyage.


"Changer le regard sur notre communauté"


Arlette PiqueAncienne commerçante, Arlette Pique est venue honorer la mémoire de ses ancêtres. "C'est un grand moment pour nous. Pour la première fois une cérémonie est officiellement dédiée aux victimes tsiganes de l'internement." Mais pour Arlette, il faut aller plus loin. La discrimination auprès des gens du voyage est toujours omniprésente et la nouvelle politique sécuritaire du gouvernement destinée aux Roms ne favorise pas l'égalité entre tous les citoyens. "La liberté fait partie de la tradition des gens du voyage, mais même en respectant nos droits et nos devoirs cela devient de plus en plus difficile. Le chemin à  parcourir est encore long pour changer le regard sur notre communauté."


"Il ne faut pas que la mémoire se dilue dans l'oubli"


Michel DebarreÀ 45 ans, Michel Debarre, commerçant a pris la marche en cours de route. "Des membres de ma famille ont été internés dans le centre de Montreuil-Bellay. J'imagine les conditions de ce camp comme tant d'autres, rongés par l'insalubrité, le froid et la sous-alimentation pour des Français qui n'avaient rien fait. Il ne faut pas que la mémoire se dilue dans l'oubli, il était impératif de réparer ce déni mémoriel et historique."

Date de création : 26 01 2011
Dernière mise à  jour : 26 01 2011