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Le "Grand Paris" lancé sur fond de grandes incertitudes
Christian Blanc, le secrétaire d'État chargé de la région capitale, l'a officiellement annoncé le 17 mars dernier : le projet de Grand Paris, qui définit l'avenir de la région Île-de-France à l'horizon 2030, sera lancé le 29 avril prochain. "J'ai reçu le feu vert du président de la République qui a fait sien le projet que je le lui ai présenté", a assuré Christian Blanc.
Dernier épisode en date d'un feuilleton qui n'en finit plus de rebondir, cette annonce improviste a suscité la surprise chez les élus franciliens. Pour Michel Berson, président du Conseil général de l'Essonne, "il n'y a jamais eu de véritable concertation entre Christian Blanc et les élus des collectivités locales. Maintenant, j'entends dire que tout est bouclé", regrette-t-il. Le projet du secrétaire d'État comporte un volet économique et un volet transports, avec notamment la réalisation d'un réseau de transport urbain de 130 kilomètres, prévue, selon Christian Blanc, d'ici... dix à douze ans ! Ce futur Grand Paris devrait tout de même reprendre une grande partie des projets élaborés par le Sdrif (Schéma directeur de la région Île-de-France), du "tram-train aux trams performants". En Essonne, le prolongement du tramway d'Athis-Mons à Juvisy-sur-Orge ou le tram-train Massy-Évry, inscrits au Sdrif, seraient donc confirmés.
Mais Michel Berson s'inquiète : "Comment financera-t-on tous ces aménagements, ceux du Sdrif et du secrétaire d'État ?" Le président du Conseil général a demandé à s'entretenir avec le président de la République sur cette question des transports, "qui doit être clarifiée au plus vite car, c'est l'évidence, elle doit être prioritaire".
Dix projets pour un seul Grand Paris
En revanche, le consensus autour d'une vision métropolitaine de la région Île-de-France, élargie aux départements de la grande couronne et non plus centrée uniquement sur le cœur de l'agglomération, semble désormais acquis. Les élus des Conseils généraux de la région et, en première ligne, ceux de l'Essonne particulièrement mobilisés, seraient donc sur le point d'obtenir gain de cause. Et notre département pourrait jouer un rôle majeur dans cette future métropole. En plus du Plateau de Saclay et du pôle d'Orly, Christian Blanc a en effet finalement reconnu, que le secteur allant du sud de Paris au Genopole® d'Évry comporte également un fort potentiel de croissance et d'innovation pour la région capitale, puisqu'il abrite notamment "50 à 60 % de la pharmacie française".
Mais à quoi ressemblera réellement le Grand Paris de demain ? Malgré des annonces à répétition, les contours du projet restent très flous. La métropole francilienne s'étendra-t-elle, un jour, jusqu'au Havre comme le propose le projet de l'architecte Antoine Grumbach ? Ressemblera-t-elle plutôt à un Central Park-sur-Seine où priment les espaces verts, comme l'a imaginé Yves Lion ? Les dix architectes chargés de plancher sur la métropole parisienne du xxie siècle ont rendu leur copie le 17 mars. Un vivier d'idées pafois décoiffantes. Reste à voir comment il sera exploité...
Le Grand Paris et le projet Île-de-France du Comité Balladur
Ce qu'en pense Jean-Paul Huchon, président du Conseil régional de l'Île-de-France
Le Mag : Que pensez-vous du projet Île-de-France du Comité Balladur ?
Jean-Paul Huchon : Fusionner les quatre départements du cœur de la région, comme le propose cette commission, n'apportera aucune réponse concrète aux enjeux de la métropole : logement, transport, emploi. Il est même à craindre une accentuation des inégalités entre territoires. Je défends, avec de très nombreux élus franciliens, qu'ils soient de petite ou de grande couronne, une toute autre démarche. Renforcer la décentralisation par une clarification du rôle de chaque collectivité. Engager une réforme fiscale et financière pour une véritable égalité territoriale. Mettre en œuvre au plus tôt les grands projets urbains et métropolitains au sein du syndicat Paris Métropole. Le Mag : On entend souvent qu'il faut renforcer les liens entre la Région et les Départements.
Quelles sont les relations entre la Région Île-de-France et le Département de l'Essonne ?
J-P. H. : L'Île-de-France est, avec Londres, le plus grand bassin urbain d'Europe. Piloter cette métropole, forte de 12 millions d'habitants, c'est à la fois assurer son rayonnement et garantir une vraie qualité de vie locale. Le partenariat entre la région et les départements, ainsi qu'avec les communes et les intercommunalité, est décisif. C'est pourquoi, avec Michel Berson, nous travaillons en étroite coopération. Comme l'illustrent l'adoption du projet de schéma directeur de la Région Île-de-France (Sdrif) ou encore le contrat particulier Département/Région de 200 millions d'euros signé en 2008 pour permettre à l'Essonne de renforcer son rôle de "cône sud de l'innovation" au sein de la métropole.
Le Mag : Comment peut-on améliorer les transports et le logement, particulièrement problématiques dans notre département ?
J-P. H. : Après des décennies de sous-investissement par l'État, nous sommes aujourd'hui confrontés à une véritable urgence. Là encore, l'action coordonnée des collectivités est fondamentale. Pour accélérer le développement des infrastructures lourdes (rénovation des RER C et D, Tram-train Massy/Évry), rénover les lignes existantes comme la 402 Évry-Grigny et poursuivre l'effort sur l'offre de bus pour laquelle nous avons engagé 400 millions d'euros. Afin de faire face à la crise du logement, nous avons besoin que l'État clarifie ses engagements mais aussi que tous les maires se mobilisent pour le logement social. C'est aussi une façon de répondre à la crise économique et de relever le défi du développement urbain durable.
Un Plan régional pour les transports
Lassés d'attendre en vain une réponse du gouvernement, la Région et les Départements d'Ile-de-France ont annoncé, le 30 mars dernier, le lancement du Plan régional de mobilisation pour les transports, d'un montant de 18 milliards d'euros, "sans l'Etat".
"Aujourd'hui, le gouvernement ne veut pas s'engager à nos côtés. J'ai donc décidé avec les conseils généraux d'Ile-de-France de mettre en œuvre notre plan sans l'Etat", a expliqué le président de la région Ile-de-France, Jean-Paul Huchon, qui avait réuni sur ce sujet les cinq présidents des Conseils généraux de gauche de la région - dont celui de l'Essonne, Michel Berson - et le maire de Paris le 27 mars dernier.
Le Plan régional de mobilisation pour les transports sera donc lancé sans les 4,5 milliards d'euros réclamés à l'Etat depuis juin dernier. Il comprend notamment Arc Express, un projet de rocade ferroviaire de 60 km en banlieue, d'un coût de 6 à 10 milliards d'euros, en opposition avec le projet de métro souterrain de 130 km porté par le secrétaire d'Etat à la région capitale, Christian Blanc.
Plusieurs autres projets inscrits au plan de la Région concernent l'Essonne : le tram-train Massy-Evry, le tramway Athis-Mons/Juvisy-sur-Orge, la ligne 402, le prolongement du SPTC Massy-Polytechnique vers Saint-Quentin-en-Yvelines et vers Orly... Pour sa part, l'Essonne a mobilisé 145M€ dans le cadre du Plan régional pour les transports sur la période 2008-2013, à travers le Contrat de projet Etat-Région et le Contrat Particulier Région Département.
Région et Départements attendent maintenant les prochaines annonces du gouvernement sur l'amélioration des transports en Ile-de-France, prévues le 29 avril, à l'occasion du lancement officiel du Grand Paris. "La balle est maintenant dans le camp du gouvernement", a estimé Michel Berson dans un communiqué.
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