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Des solutions locales à des défis planétaires
Après trois jours d'échanges et de débats à Marcoussis, les participants au 8e Forum mondial du développement durable se sont séparés sur un consensus : en agissant à l'échelle locale, les territoires peuvent contribuer à résoudre les grands défis mondiaux du 21e siècle. Tour d'horizon des pistes défrichées.
Dans un contexte national et international plus que morose, c'est un vent d'optimisme et de solidarité qui a soufflé sur le Centre national de rugby à Marcoussis du 24 au 26 juin derniers, lors du 8e Forum mondial du développement durable (FMDD) consacré cette année à la coopération entre territoires.
Comme l'avait annoncé en ouverture Michel Berson, président du Conseil général de l'Essonne et hôte de la rencontre, "des graines d'espoir pour changer le monde" ont été plantées pendant ces trois journées. Reste maintenant à les faire fructifier...
Le tableau de l'état actuel du monde, dressé par les premiers intervenants, est pourtant loin d'être reluisant : 1 milliard de personnes souffrent de la faim et 1,5 milliard n'ont pas accès à l'eau potable. La fin annoncée du pétrole d'ici 2050 et l'épuisement progressif des autres énergies fossiles font planer une sorte d'épée de Damoclès au-dessus de notre modèle de développement, tandis que s'étend au Nord comme au Sud une nouvelle forme de précarité, celle énergétique. Pendant ce temps, la température du globe grimpe, mettant en péril l'environnement et la survie de nombreuses espèces, animales et végétales. Les inégalités Nord/Sud continuent elles de se creuser chaque jour davantage sur fond de crise financière mondiale. "La plus-value de ce Forum est de réussir à redonner de l'espoir et à être constructifs en croisant le territoire et la coopération décentralisée", a tenu à souligner le journaliste et philosophe Emile H. Malet, directeur de la revue Passages et délégué général du FMDD.
"L'agriculture paysanne est celle qui sauvera le monde"
Mission réussie : à la tribune, les avis d'experts et les témoignages de terrain ont débouché sur une série de propositions concrètes. Pour Marc Dufumier par exemple, professeur d'agriculture comparée, "la Terre a techniquement la capacité de nourrir tous ses habitants", comme il l'a lui-même vérifié en calculant le nombre de calories végétales produites chaque jour à l'échelle de la planète. "La faim dans le monde est un problème de répartition de revenus", selon l'agronome, qui propose donc de "rendre leur souveraineté alimentaire aux pays du Sud : il faut que les habitants puissent vivre et travailler sur leur terres, et produire eux-mêmes ce dont ils ont besoin". Comment ? En utilisant dans l'agriculture les ressources naturelles de chaque territoire, telles que les rayons du soleil ou l'azote de l'air, et en réintroduisant les légumineuses qui aident à la croissance des céréales. "L'agriculture paysanne est celle qui sauvera le monde", conclut-il, rejoignant ainsi les revendications du Mouvement brésilien des paysans sans terre et des Associations pour le maintien d'une agriculture paysanne (AMAP), qui avaient dénoncé, quelques minutes auparavant, les dérives de l'"agro-business" et de l'exploitation intensive des terres.
Pour une gestion municipale de l'eau
Autre ressource de première nécessité : l'eau. L'ancienne première dame de France Danielle Mitterrand a fait de l'accès à ce "bien public de l'humanité" le combat de toute une vie à travers sa Fondation France Libertés. Invitée de marque à ce Forum, l'épouse de l'ancien président de la République est venue y présenter ses propositions pour rendre l'eau accessible à tous : elle a appelé à une "gestion municipale de l'eau" et à la "gratuité des 40 premiers litres d'eau utilisés". Sa fondation vient justement de lancer une grande campagne de sensibilisation baptisée "Porteurs d'eau", pour inciter les élus locaux à s'engager autour de trois grands principes : "L'eau n'est pas une marchandise, elle doit être rendue à nos enfants et elle doit être inscrite dans la Déclaration des droits de l'Homme".
Un point de vue partagé par de nombreuses ONG présentes à Marcoussis. Par la voix de sa présidente Rokia Coulibaly, l'association Solidarité France Afrique a défendu la création d'un "droit à une nourriture et à une eau saines à l'instar des autres droits humains existants". L'occasion aussi de tirer la sonnette d'alarme sur les problèmes écologiques auxquels sont confrontés les pays africains les plus pauvres, comme le Mali, et qui mettent en péril la biodiversité : utilisation de filets de pêche surdimensionnés, exploitation intensive des arbres comme source d'énergie...
Les forêts tropicales, premier puits de carbone mondial, cristallisent d'ailleurs nombre d'inquiétudes : l'Indonésien Muhammad Ali Arsyad est ainsi venu faire part des difficultés de son pays à gérer l'immense étendue forestière qui recouvre 70% des terres indonésiennes. Or, d'ici 2050, que ce soit en Indonésie, en Afrique ou au Brésil, les forêts tropicales vont progressivement reculer. En cause notamment : le commerce illégal du bois exotique. Des mécanismes de coopération internationale ont été mis en place pour aider les Etats dans la protection de leurs forêts, mais ils se heurtent encore au statut foncier de ces espaces naturels, hérité de l'époque coloniale.
Voir "global" à partir du "local"
Sur cette question comme sur d'autres, le salut viendra peut-être directement des territoires et des nouvelles formes de coopération nouées entre eux. Pour résoudre à la fois les problèmes de défrichage sauvage et d'accès à l'énergie des pays africains, Solidarité France Afrique propose par exemple de développer l'énergie solaire au Mali, "pays où le soleil brille 10 heures par jour", par des actions de coopération décentralisée. L'excédent d'énergie dégagé pourrait même servir à approvisionner les pays européens moins fournis en soleil...
Cette association n'est pas la seule à voir grand et "global" à partir du "local". Pour faire face au défi énergétique, le réseau associatif Essonne-Sahel préconise le lancement de "Plans locaux énergétiques sur le modèle des Plans locaux d'urbanisme", tandis que l'association Négawatt appelle à une "une grande rénovation énergétique des logements". Egalement évoqués par d'autres participants : la création d'un "bouclier énergétique" pour rendre l'électricité accessible à tous, de compteurs dans les habitations pour mesurer notre consommation énergétique ou bien encore le développement de la "compensation carbone" entre territoires. Ou comment "réduire nos émissions de CO2 à Ouagadougou et en tirer bénéfice à Evry", a résumé la société Neutroclimat, spécialiste de la maîtrise d'énergie.
Les territoires, chevilles ouvrières du développement
L'ensemble de ces propositions ont été reprises lors de la session "politique" du Forum qui se tenait samedi 26 juin et qui a abouti à une déclaration finale commune (Télécharger la déclaration [pdf]).
Aucune de ces actions ne pourra toutefois voir le jour sans le financement adéquat. Collectivités, Etats, fonds publics et privés, banques nationales et internationales, entreprises qui investissent dans les pays du Sud... Les sources de financement du développement durable sont multiples. Mais comme l'a souligné Alain Vallée, de l'International Nuclear Academy, "la lutte contre la pauvreté n'est pas à la priorité n°1 en cette période de désordres financiers internationaux". Reste que certaines idées avancent : taxe sur les transactions financières ou taxes aux frontières sur les émissions de gaz à effet de serre, mise à contribution de la Banque européenne d'investissement...
La notion de "territoires", "véritables chevilles ouvrières du développement", apparaît en tout cas essentielle pour l'efficacité des projets car ils sont "le seul moyen de gérer la diversité des problèmes et de trouver une solution adaptée à un endroit donné", a-t-on souligné en conclusion de la session des experts du Forum. Au nom du Conseil général de l'Essonne, Patrice Finel, élu délégué au développement solidaire et à la coopération décentralisée, a quant à lui appelé à "rester modestes. Nos interventions et nos coopérations doivent servir à montrer le chemin et à défricher des pistes. A prouver, surtout, qu'il est possible d'agir autrement entre territoires en construisant de nouveaux modèles, qui remettent la solidarité au cœur des politiques de développement". Le prochain Forum mondial du développement durable doit se tenir à l'automne prochain, en Afrique.
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