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Jeux de récré : attention, danger !

Détail de la couverture de la plaquette sur les jeux dangereux

En 13 ans, près de 300 enfants sont morts en France après avoir joué au jeu du foulard. Il existe aujourd'hui 90 jeux de ce type, dits jeux dangereux, pratiqués par près de 12% des enfants. L'association SOS Benjamin-ONECR, qui se bat contre ce fléau, nous livre quelques conseils précieux pour éviter ces drames.

"Il y a 13 ans, mon fils Benjamin a été retrouvé pendu dans les toilettes de son école après avoir joué au jeu du foulard. Il avait 10 ans. Depuis, j'ai décidé de témoigner, pour faire connaître ces jeux dangereux et peut-être sauver des vies." Malgré les années qui se sont écoulées, l'émotion est toujours perceptible dans la voix de Magali Duwelz, présidente fondatrice de l'association SOS Benjamin-ONECR qui se bat contre les jeux dangereux.

Le 3 mars dernier à  Evry, elle animait une conférence-débat organisée par la PEEP de l'Essonne, sur ce fléau des cours d'écoles, encore mal connu par le monde des adultes. Objectif : apprendre aux parents et aux enseignants à  mieux connaître ces jeux pour mieux les prévenir auprès des enfants. Des informations et surtout des conseils précieux, à  retenir et à  diffuser autour de soi...

Des chiffres inquiétants

D'après une enquête réalisée auprès de 8 millions d'enfants de 7 à  17 ans en 2007, par TNS-Sofres pour l'association SOS Benjamin-ONECR, 26% des enfants de cette tranche d'âge se sont déjà  vus proposer des jeux dits dangereux, soit environ 2 millions d'enfants. 12% reconnaissent y avoir participé, soit 1 million d'enfants. Les filles sont presque aussi "kamikazes" que les garçons : parmi eux, on dénombre en effet 45% de filles et 55% de garçons. Le nombre d'enfants morts à  la suite de ces jeux n'est pas connu avec précision, mais d'après Magali Duwelz, le plus connu et le plus répandu de ces jeux, à  savoir le jeu du foulard, a tué près de 300 enfants en 13 ans.

Qu'est-ce qu'un jeu dangereux ?

On appelle jeu dangereux une pratique au cours de laquelle un jeune porte atteinte à  son corps ou à  celui d'un copain, en agissant de manière violente ou non sur l'irrigation du cerveau ou sur les parties vitales du corps. L'association SOS Benjamin-ONECR a recensé 90 jeux dangereux différents. Notons que, de tous temps, les enfants ont toujours eu tendance à  pratiquer des jeux plus ou moins dangereux. Mais la nouveauté aujourd'hui réside dans la violence de ces jeux, dans la précocité des joueurs et dans leur diffusion, facilitée par les nouvelles technologies : télévision, Internet, téléphones portables, etc.

Deux types de jeux dangereux

On distingue deux types de jeux dangereux : les jeux de non-oxygénation ou d'asphyxie et les jeux d'agression.

Les jeux de non-oxygénation ou d'asphyxie sont désignés par plusieurs noms différents : jeu du foulard, de la tomate, de la grenouille, trente secondes de bonheur, rêve bleu... Le principe reste le même : il s'agit de freiner l'irrigation sanguine du cerveau par compression des carotides, du sternum ou de la cage thoracique, pour ressentir des sensations intenses et des visions pseudo-hallucinatoires liées à  l'état d'évanouissement. Cette privation d'oxygène, réalisée par les mains ou avec un lien quelconque (foulard, écharpe ou autre), peut entraîner une dépendance mais aussi des séquelles irréversibles du cerveau, un coma profond et aller jusqu'à  la mort.

Les jeux d'agression sont eux basés sur des violences physiques gratuites menées par un groupe d'enfant contre un enfant ou contre plusieurs. Quelques exemples : le jeu du cercle infernal, de la canette, le bouc émissaire, le petit pont massacreur... Là  aussi, le principe se rejoint dans les différents jeux : au sein d'un cercle par exemple, un objet est lancé ; le joueur qui ne le rattrape pas devient la victime et est alors roué de coups par les autres joueurs. Ces jeux d'agression peuvent avoir des conséquences aussi graves que les jeux d'asphyxie : hématomes, fractures, hémorragies, séquelles neurologiques, voire décès.

Le profil des joueurs

Sauf dans des cas très rares, "les enfants qui jouent aux jeux d'asphyxie ne sont pas suicidaires !", avertit Magali Duwelz. Ils jouent par curiosité, par défi, pour avoir des sensations fortes ou pour maîtriser leur corps. D'après plusieurs études, les joueurs des jeux du type "foulard" sont souvent décrits comme "casse-cou", curieux, vifs et aimant les nouvelles expériences, même si elles sont dangereuses ou interdites. Mais tous les enfants peuvent, à  un moment ou à  un autre, avoir envie d'essayer ces jeux. "Le problème, c'est que les enfants n'ont pas conscience du danger et encore moins de la mort", explique encore la présidente de SOS Benjamin-ONECR.

Dans les jeux d'agression en revanche, on distingue agresseurs et victimes. Les victimes sont généralement des enfants anxieux, timides, soumis, qui apparaissent comme des proies faciles. A l'inverse, d'autres enfants sont pris comme victimes parce qu'ils possèdent certaines qualités qui attisent la jalousie et l'excitation. Les agresseurs, dans leur grande majorité, sont des garçons. Parmi eux, on trouve des initiateurs, décrits comme des enfants dominateurs et charismatiques, impulsifs et parfois violents ; et des agresseurs passifs, que l'on peut qualifier de suiveurs, manquant souvent d'assurance, qui deviennent violents sous l'effet du groupe.

Les signes d'alertes

Sans tomber dans la psychose, il existe des signes, physiques et comportementaux, qui peuvent alerter les adultes, parents ou enseignants, de la pratique de ces jeux dangereux.

Des traces rouges autour du cou, des joues rouges, des maux de tête à  répétition mais aussi une agressivité soudaine, des questions posées par l'enfant sur les effets de la strangulation doivent inciter à  la vigilance. De même, des blessures, des traces de coups, des vêtements déchirés peuvent avoir été causés par des jeux d'agression. Dans les deux types de jeux, l'enfant joueur et/ou victime peut présenter des manifestations anxieuses (trouble du sommeil, refus d'aller en classe, isolement...) et une violence soudaine. Le repérage de ces signes par les adultes est une étape essentielle pour pouvoir ensuite intervenir auprès des enfants.

Quelques conseils

- Expliquer à  un enfant ce qui est dangereux pour lui sans toutefois le choquer, avec une attention particulière à  ce qu'il peut avoir vu ou entendu à  la télévision ou sur internet et qu'il pourrait être tenté de reproduire.

- Lui apprendre que son corps lui appartient, qu'il doit le respecter et le faire respecter par les autres, et surtout que certaines parties du corps, comme le cou ou la poitrine, ne doivent jamais être touchées.

- Lui poser des questions sur ce qu'il fait à  la récréation et pendant ses temps libres, quels sont les jeux qu'il pratique avec d'autres enfants... (sans nommer ces jeux pour ne pas éveiller sa curiosité et sans induire les réponses)

- Si vous avez des doutes sur l'éventuelle pratique de jeux dangereux par un enfant, parlez-en avec le responsable de son établissement scolaire, ainsi qu'avec d'autres parents.

- L'inciter à  se confier à  un adulte s'il a un problème : parents, enseignants, médecin et infirmière scolaire, ou bien encore policier référent dans le collège.

- Se rappeler que dans un groupe, les enfants sont capables de tout...  mais aussi que tous les enfants ne mettent pas en péril leur vie ou celle des autres à  chaque récréation !

Date de création : 11 03 2009
Dernière mise à  jour : 11 03 2009