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"Il est temps de structurer le système universitaire"

L'université d'Evry-Val d'Essonne est devenue officiellement autonome au 1er janvier dernier, en même temps que 22 autres établissements d'enseignement supérieur. Son président, Richard Messina, revient sur cette liberté d'action fraîchement acquise...

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Richard Messina, Président de l'Université d'Evry Val d'Essonne

Richard Messina, Président de l'Université d'Evry Val d'Essonne

essonne.fr : Depuis le 1er janvier, l'université d'Evry gère directement son budget et ses ressources humaines. Quels sont les changements concrets pour votre établissement, son personnel et ses étudiants ?

Richard Messina : Jusqu'à  présent, les deux tiers de notre budget étaient gérés par le Recteur, c'est-à -dire par l'Etat. C'était en effet l'Etat qui finançait les emplois de nos titulaires et qui décidait de leur champ d'intervention. Faute de personnels titulaires suffisants, nous sommes en même temps obligés d'embaucher des enseignants vacataires pour assurer nos enseignements dans les secteurs pour lesquels l'Etat n'a pas procédé à  des recrutements.
Aujourd'hui, notre budget est multiplié par trois. L'autonomie nous donne la possibilité d'adapter nos emplois en fonction de nos priorités d'actions, dans la limite d'un plafond d'emplois et de masse salariale fixé par l'Etat. En figeant de la sorte nos possibilités de recrutement et nos dépenses salariale, l'Etat nous contraint à  redéployer nos emplois actuels (500 postes de chercheurs et d'enseignants, 400 personnels techniques et administratifs) pour mettre en œuvre nos priorités d'actions. Mais même si notre cadre d'action est limité, cette nouvelle autonomie, que nous attendions depuis longtemps, constitue pour nous une réelle avancée.

essonne.fr : Quels sont vos objectifs en 2011, pour cette première année d'autonomie ?

Richard Messina : L'autonomie des universités s'accompagne d'un projet annuel de performances pour chaque établissement. A Evry, parmi les objectifs que nous nous sommes fixés en accord avec l'Etat, il y a bien sûr la réussite des étudiants : qu'ils obtiennent un diplôme et qu'ils trouvent un emploi à  la sortie. Aujourd'hui, 41% de nos étudiants décrochent leur Licence en 3 ans - un des 5 meilleurs taux en France -, c'est-à -dire qu'ils réalisent un "sans faute". Mais je ne peux me satisfaire que les 59% restants soient en échec... Des dispositifs ont donc été mis en place pour que ce taux de réussite atteigne au moins 50% des étudiants en 2013, notamment par le biais des tutorats : 200 étudiants de l'université de niveau bac +4 ou +5 accompagnent ainsi des jeunes depuis le lycée, tout au long de leur cursus universitaire et vers l'emploi au terme de leur formation.
Au niveau Master (Bac +5) et Doctorat (bac+8), nous nous donnons comme objectif de mieux adosser la recherche à  l'offre de formation afin de permettre aux diplômés d'être compétitifs sur le marché du travail. Notre objectif prioritaire est d'augmenter l'attractivité de nos diplômes, notamment à  l'étranger au niveau Master. Actuellement, nous avons 30% d'étudiants étrangers en Master et 50% au niveau Doctorat. Autre objectif pour 2011 : améliorer l'accessibilité de nos bâtiments pour les étudiants en situation de handicap. Et bien sûr, mener à  bien la construction de notre Institut de biologie génétique et bioinformatique qui doit ouvrir au mois de septembre prochain. L'autonomie des universités nous permet de mobiliser des moyens librement au service de ces différents objectifs.

essonne.fr : Vous semblez très satisfait de cette nouvelle autonomie... N'y a-t-il pas également des dangers comme l'ont souligné certains de vos homologues à  la tête d'autres établissements ?

Richard Messina : J'ai toujours été très positif concernant l'autonomie des universités parce que je l'apparente à  une loi de décentralisation qui rapproche les acteurs publics des usagers, en l'occurrence des étudiants, et qui rend l'activité publique plus efficace. Pour autant, un deuxième volet fait cruellement défaut à  la loi d'autonomie telle qu'elle a été votée. Acquise université par université, cette autonomie organise en effet la compétition entre établissements sans se soucier de la cohérence territoriale de l'ensemble et donc de la continuité territoriale de l'action publique. En mettant ainsi les universités en concurrence, certaines vont s'enrichir et d'autres s'appauvrir. Ainsi, les "vieilles universités", comme la Sorbonne ou Orsay, ont cumulé un capital d'emplois important de part leur histoire, tandis que les universités "nouvelles", comme Versailles-Saint-Quentin, Cergy-Pontoise, Marne-la-Vallée ou Evry, qui n'ont que 20 ans d'existence, ont un potentiel d'enseignants-chercheurs beaucoup moins important. Il y a donc là  une énorme inégalité entre universités qui risque de s'accroître avec l'autonomie des établissements.
Personnellement, cette logique de compétition entre universités m'inquiète aussi car elle pourrait nous obliger soit à  aller chercher des moyens financiers dans le secteur marchand pour pouvoir financer nos formations, soit à  limiter notre offre de formation en fermant par exemple les filières "moins rentables" à  faibles effectifs. A Evry par exemple, nous pourrions décider ne faire plus que de la biologie et "jeter à  la poubelle" d'autres filières sur lesquelles nous sommes moins reconnus... Les étudiants, eux, n'auraient plus qu'à  prendre le train (lorsqu'il marche !) pour aller suivre des formations non dispensées à  Evry ! Certaines universités ont déjà  adopté une telle stratégie... Le choix de notre établissement est de continuer à  répondre à  l'attente des étudiants qui habitent sur ce territoire et qui veulent aussi faire de l'économie, de la sociologie, de la gestion, de la chimie, des mathématiques, de l'informatique... Continuer en somme à  avoir le choix.

essonne.fr : Que proposez-vous pour contourner ces difficultés ?

Richard Messina : Nous ne pourrons continuer à  assurer la pluridisciplinarité qui caractérise notre université que si nous nous associons et que nous "coproduisons" avec d'autres établissements, comme le font les communes dans le cadre des intercommunalités. Je plaide pour des "interuniversités" qui imiteraient ce modèle.
C'est là  où il y a un manque de volonté politique de l'Etat, qui ne joue pas son rôle de "régulateur territorial" de l'enseignement supérieur. L'autonomie des universités ne s'est pas faite pas selon un schéma directeur territorial, elle se fait université par université. Je voudrais voir un Etat plus volontaire dans ce domaine. 17 universités en Ile-de-France, c'est pour moi au moins 10 universités de trop ! Il est temps que l'Etat s'attache à  structurer le système universitaire pour que cette autonomie soit mise au service de l'accessibilité territoriale des étudiants quel que soit l'endroit où ils habitent. Sinon, on va créer des universités à  deux vitesses et les territoires socialement fragiles comme Evry risquent d'en subir les conséquences. Il faut mettre les universités en cohérence et non pas en concurrence comme le fait la loi actuelle !

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