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Interview de Damien Greffin
Essonne.fr: vous avez participé à une réunion avec le Président de la République, début avril en Essonne. Comment s'est passée cette rencontre?
Damien Greffin: nous sommes déçus. Rien de concret n'est sorti de cette entrevue. Nous sommes remontés! D'ailleurs la FNSEA* va probablement appeler à faire de nouvelles actions dans Paris. On nous explique qu'il n'y a plus d'argent dans les caisses, rien n'est possible avec ce gouvernement. Les agriculteurs vont mal, le moral est dans les chaussettes, les comptes d'exploitation sont très mauvais, dans un contexte de prix qui n'augmentent pas. Le climat difficile laisse présager une récolte moyenne. Le chef de l'État ne tient pas ses engagements, mais il a su mener une opération de séduction, qui n'a marché qu'un temps.
Essonne.fr: quelles difficultés rencontrent les agriculteurs essonniens en particulier?
Damien Greffin: la pression foncière est lourde en Essonne, surtout quand on remonte vers la Francilienne, c'est-à -dire au nord du département. À l'heure actuelle, il faut compter 3500 ou 4000 euros l'hectare. J'imagine que ces prix sont multipliés par deux dès que l'on s'approche des villes ou des villages. En ce qui concerne les déplacements, les choses ne sont pas simples non plus. La circulation des engins agricoles est souvent difficile.
Essonne.fr: qu'est-ce qui vous a poussé à devenir agriculteur?
Damien Greffin: j'étais très attaché à la terre, à mon territoire, à mes racines, et à ma famille. Je viens d'une famille d'agriculteurs, et je n'imaginais pas faire autre chose. C'est le projet d'une vie.
Essonne.fr: n'êtes-vous pas découragé malgré les difficultés qui pèsent sur vous?
Damien Greffin: j'aime mon métier, mais il faut arriver à en vivre. À l'heure actuelle, c'est encore le cas. Mais des réformes sont annoncées, qui pourraient rendre les choses plus difficiles. Nos coûts de production sont en totale inadéquation avec nos prix de vente. Aujourd'hui, je vends du blé à 9 centimes d'euro le kilo, alors que mes coûts de production sont à 14 centimes le kilo. Nous sommes sur un marché mondial, où les différents pays ne connaissent pas les mêmes règles. La plupart des autres pays arrivent à baisser les coûts de production, avec des charges moindres par exemple.
Essonne.fr: quelles solutions prônez-vous?
Damien Greffin: il faut que nous trouvions de la valeur ajoutée. Nous demandons au gouvernement de réguler le marché européen et de remettre des garde-fous pour limiter l'effondrement des prix. Il faut mettre en place des systèmes d'assurance-revenus, comme ce qui existe aux États-Unis. Il faudrait une flexibilité des prélèvements en fonction du cours des céréales ou encore limiter la part des intermédiaires. Aujourd'hui, sur une baguette vendue 1,10 euro, il me revient 5 centimes d'euros !
Essonne.fr: quelles sont vos perspectives?
Damien Greffin: l'État nous propose un Plan de soutien à l'agriculture qui nous permet d'emprunter de l'argent afin de reconstituer la trésorerie. Mais des emprunts, il faut les rembourser, en se méfiant de l'endettement. Il faudrait que nous travaillions dans d'autres domaines, pour passer outre les marchés mondiaux.
* Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles.
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