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Soutenir la numérisation des salles art et essai

Détail de l'invitation de la rencontre des acteurs du cinéma du 4 novembre 2011

Jeudi 4 novembre, les élus à  la culture, les responsables de services culturels et les directeurs des salles de cinéma du Département étaient invités à  l'Assemblée Départementale pour échanger et réfléchir aux risques et enjeux de la numérisation des salles de cinéma du territoire. Retour sur cette rencontre.

Les enjeux de la numérisation


Devenu inéluctable et souvent envisagé avec enthousiasme, ce changement de technologie de projection est traversé par des nombreux enjeux dépassant largement la salle de cinéma en tant que telle.

Le développement du cinéma numérique va en effet transformer profondément l'industrie du cinéma et conduire à  une réorganisation complète de la filière. Des métiers vont disparaître, ou évoluer (projectionniste, industrie photochimique de tirage de copies, transporteur de copies), de nouveaux types de contenus vont pouvoir être diffusés sur les écrans (films en 3D, films expérimentaux, séries TV, retransmissions d'opéras, de matches de foot...), mais surtout, les anciens équilibres entre les trois grands secteurs industriels, que sont la production, la distribution et l'exploitation de films, vont être bouleversés.

Il faut savoir que l'économie du cinéma numérique repose sur un paradoxe : le matériel doit être financés par les exploitants (environ 80 000 euros par écran), alors que les gains concernent principalement les distributeurs : la copie argentique était coûteuse à  produire et à  transporter, alors que la copie numérique est aisément duplicable et transportable (disque dur, satellite ou fibre optique).

La loi du 30 septembre 2010 donne un cadre à  l'économie du cinéma numérique en obligeant les distributeurs à  participer au financement des équipements des salles projetant leurs films en première et deuxième semaine d'exploitation. Les salles accédant à  de nombreuses exclusivités pourront ainsi financer leur matériel avec ces "contributions numériques". Cependant, la Loi ne prévoit rien pour les salles dites "de continuation" majoritaires sur le territoire de l'Essonne.

Que va-t-il se passer pour les salles essonniennes ?


Sur les 28 exploitations que compte de l'Essonne, 18 sont classées Art et Essai. Considérées comme des salles de proximité, ces cinémas, qu'ils soient publics, associatifs ou privés, sont tous aidés par l'Etat à  travers le CNC* et par les collectivités : communes ou intercommunalités, Région et le Conseil général.

L'enjeu de cette matinée du 4 novembre était de réunir autour d'une même table l'ensemble des partenaires territoriaux des salles de cinéma afin de réfléchir ensemble à  la salle de cinéma à  l'ère du numérique. Il s'agissait de commencer à  travailler à  de meilleures coopérations dans le but de mieux préparer les salles aux transformations qu'elles connaîtront.

Car le numérique va changer les manières de travailler, de programmer et d'accompagner les films. Les attentes et pratiques des publics des salles vont nécessairement évoluer et le rôle des salles et des professionnels qui les animent se modifier.

Face à  ces transformations, en cours ou à  venir, le Conseil général a souhaité, avec ses partenaires, réaffirmer son soutien aux salles, et notamment à  la dimension culturelle et artistique de leur activité, considérant les cinémas comme de véritables équipement culturels de proximité. Résultat : c'est sur examen de leur projet culturel que les salles seront soutenues.

D'ailleurs, ce soutien pourra passer notamment au travers d'un nouveau dispositif d'aide à  la numérisation des salles, le Conseil général et la Région l'ayant annoncé fin septembre.

Votée le 27 septembre dernier, l'aide départementale à  la numérisation des salles de cinémas d'art et d'essai permettra aux cinémas classés de trois écrans et moins de bénéficier d'une aide financière à  l'acquisition et à  l'installation de matériel de projection numérique. Cette aide tiendra compte du nombre d'écrans de l'exploitation, et sera modulée en fonction du projet culturel de l'établissement : qualité et diversité de la programmation, sensibilisation et développement des publics, partenariats et mutualisation. Le projet sera ensuite formalisé dans une convention qui engagera la salle face au Conseil général.

De son côté, l'aide régionale à  la numérisation des salles pourra aider plus de salles que le département : les cinémas classés et les autres cinémas de deux écrans et moins. Son soutien à  l'acquisition de matériel pourra également être articulé à  une aide pour les travaux (transformation de la cabine notamment). Le montant de l'aide sera déterminé par la capacité de la salle à  toucher des contributions numériques, mais également, par l'examen de son projet culturel.

Dans les deux cas, c'est bien le projet culturel qui est au cœur du dispositif. Notons que dans un souci d'efficacité de l'action publique, mais également pour simplifier les démarches des cinémas, les deux aides sont compatibles et articulées. Leurs instructions seront d'ailleurs simultanées.

Réflexion sur le projet culturel des salles


La matinée du 4 novembre avait également pour ambition de conduire l'ensemble des participants à  réfléchir à  la transformation des missions, ambitions et moyens des salles de proximité à  l'ère du numérique.

Des grands témoins, professionnels du cinéma, ont pu livrer leurs réflexions et questionnements sur :
- la programmation et l'identité artistique de la salle : son rapport aux œuvres, au public, à  l'espace public et la citoyenneté (Catherine Haller, programmatrice du Cinéma L'Ecran à  Saint Denis)
- le travail en réseau et le rayonnement culturel des équipements cinématographiques (Pascal Platel et Eric Dalizon, Président et Délégué général du réseau Cinessonne)
- la solidarité financière et la collecte solidaire des contributions numériques dans les nouveaux rapports de force professionnels (Séverine Rocaboy, trésorière du Groupement National des Cinémas de Recherche)

Un compte-rendu plus détaillé de ces échanges donnera prochainement lieu à  la publication d'actes, qui serviront de base pour les prochaines rencontres thématiques et/ou territoriales. De l'avis de l'ensemble des participants, cette rencontre n'a pas servi à  répondre aux interrogations, mais à  les inscrire sur les agendas de l'ensemble des acteurs invités. La veille juridique, technique, administrative, méthodologique et artistique doit désormais se concrétiser dans des groupes de travail dont les analyses seront livrées à  tous les partenaires. "Un chantier est ouvert, il convient désormais de s'en emparer collectivement" comme l'a souligné, lors de cette rencontre, Patrice Sac, Vice président en charge de la culture.

* Centre National du Cinéma et de l'image animée, autorité de régulation du cinéma émanant du Ministère de la Culture.

Date de création : 10 11 2010
Dernière mise à  jour : 10 11 2010