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Un jardin pittoresque emblématique de la fin du XVIIIe siècle

1784-1794 : le génie des lieux, Jean-Joseph de Laborde
Méréville, c'est avant tout le jardin d'un homme, Jean-Joseph de Laborde (1724-1794). Habile négociant, financier et banquier de la Cour, Laborde est l'une des plus importantes fortunes du royaume ; il se distingue aussi par ses initiatives bâtisseuses et son goût pour les arts. En 1784, il acquiert le domaine de Méréville après que le roi Louis XVI l'ait forcé à vendre son magnifique château de la Ferté-Vidame au profit de son cousin le duc de Penthièvre. C'est probablement pourquoi, sur sa nouvelle propriété, il entreprend de transformer les jardins existants en un parc paysager « pour rendre Méréville supportable à la vue et à la santé ».
La mode est alors aux jardins pittoresques dit aussi jardins anglais dont les tracés sont travaillés de manière à produire les effets d'un paysage naturel ; des folies ou fabriques – constructions architecturales utilitaires et décoratives, viennent ponctuer ces mises en scène de la nature. C'est le rapport entre l'idée et la forme qui est privilégié : il entend exprimer l'harmonie entre l'homme et la nature, entre la paix et l'esprit. Les jardins deviennent une invitation à la contemplation ; ils sont prétextes à engager une réflexion sur les aspirations de tous et les destinées de chacun. Cette nouvelle sensibilité au monde s'apprécie notamment dans les écrits de Jean-Jacques Rousseau et ses «Rêveries du promeneur solitaire».
1785-1786 : François Bélanger et le dessein du Grand Parc
Dès 1785, Laborde fait appel aux talents de l'architecte François-Joseph Bélanger (1744-1818), créateur des fameux jardins de Bagatelle, pour transformer la demeure de plaisance et engager les travaux dans le parc. Mais l'entente entre les deux hommes se révèle difficile, et quelques mois plus tard Laborde se déclare «insatisfait et inquiet» par les sommes envisagées. Aussi l'architecte se voit-il signifier par huissier de ne plus effectuer «aucun travail de quelque nature qu'il puisse être.» Au printemps 1796, il est définitivement écarté du projet.
Bélanger n'en reste pas moins l'auteur de l'aménagement général du parc : il engage la modification du parcours de la Juine, imagine la forme du Grand Lac, trace les chemins, ordonne les plantations et dessine certaines fabriques, notamment le Moulin ou le Pont de roches.
1786-1793 : Hubert Robert et les fabriques du Grand Parc et du Petit Parc
Au cours de l'été 1786, c'est le fameux peintre de ruines et paysagiste Hubert Robert (1733-1808) qui lui succède : il est chargé de poursuivre l'aménagement du parc en relation avec l'architecte Jean Benoît Vincent Barré (vers 1732-1824). Robert adopte une démarche artistique originale. A la différence d'un architecte traditionnel, il traduit ses projets en peinture : chaque espace du jardin est conçu comme un tableau naturel, l'un se juxtaposant à l'autre pour former le jardin idéal.
Entre 1786 et 1789, toutes les fabriques du parc sont réalisées ; de même les travaux sur le château sont en voie d'achèvement. Robert conçoit en autres le Grand rocher, le Cénotaphe de Cook, la Laiterie, la Maison du jardinier, la Forteresse, la Citadelle, le Colombier, la Fontaine au mufle de lion et les formes des enrochements.
Le 27 juillet 1790, il rassure Laborde sur l'évolution des travaux : « quant à la crainte que vous avez de ne pouvoir le finir, rassurez-vous, Monsieur. Ce sont des plaisirs et des occupations de ce genre qui vous donneront de longues années. Non seulement vous verrez votre tableau achevé, mais vous en jouirez longtemps. Vous le retoucherez peut-être d'année en année, tant mieux pour vous, tant mieux pour tout le pays et pour tout ce qui vous environne. »
A partir de 1790, Robert se consacre l'aménagement du Petit Parc – vendu à la fin du XIXe siècle puis loti à partir de 1923, qui comporte neuf fabriques dont celle de la Tour trajane.
Sur le chantier travaillent jusqu'à 400 ouvriers sous la direction des personnalités aussi renommées que le sculpteur Augustin Pajou, le jardinier Loiseau, le menuisier Carbillet, l'architecte hydraulicien Dufossé, l'ébéniste Jean-François Leleu ou le peintre Joseph Vernet.
A partir de 1790, Laborde prend ses quartiers à Méréville où il tient le salon, ce qui participe d'autant à la renommée du domaine. Mais les évènements nationaux précipitent la fin du marquis : il est condamné par le tribunal révolutionnaire et exécuté le 18 avril 1794 ; ses biens sont saisis.
XIXe et XXe siècles : fortune et infortunes du domaine
Dès 1796, le domaine et une partie du mobilier sont restitués à sa veuve Rosalie de Laborde. Elle réinvestit Méréville et réunit des artistes, hommes d'Etat et écrivains tels Elisabeth Vigée-Lebrun et François-René de Chateaubriand dans l'esprit des salons d'antan. Mal conseillée, elle vend en 1819 la propriété et une partie du parc à des acquéreurs peu scrupuleux qui dénaturent le château et le vident de toutes ses richesses. L'histoire du domaine connaît alors des heures sombres.
En 1824, le comte de Saint-Roman – nouveau propriétaire du domaine, tente de redonner une certaine magnificence au parc en construisant de nouvelles fabriques – la Ferme suisse, avec une vacherie et un colombier. Mais ses successeurs se désintéressent du domaine, et le site est peu à peu abandonné. A tel point qu'à la fin du XIXe siècle, lors d'une liquidation des biens, le comte de Saint-Léon, propriétaire du domaine de Jeurre – situé aux portes d'Etampes, réussit à acquérir cinq fabriques qu'il fait démonter puis remonter dans son parc où elles sont encore visibles : la façade de la Laiterie, le Temple de la Piété filiale, le Cénotaphe de Cook, la Fontaine au mufle de lion et la Colonne rostrale.
En 1977, le Grand Parc et certaines parties du château sont classés au titre de Monuments Historiques ; le Petit Parc fait l'objet l'année suivante d'une inscription à l'Inventaire supplémentaire.
Contact
Coordonnées administratives
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91730 Chamarande
Courriel : mereville@essonne.fr
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