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Nicolas Sarkozy en Essonne pour parler logement : scepticisme à tous les étages

Drôle d’endroit pour une rencontre… La Ville de Mennecy, qui ne compte que 15% de logements sociaux (contre les 20% exigés par la loi SRU), a été choisie par le Président pour faire le service après vente de sa « mesure phare » en matière de logement. L’occasion pour le chef de l’Etat, au théâtre de Longjumeau (à la demande de Nathalie Kosciusko-Morizet), de revenir sur sa proposition d’augmenter de 30% les droits à construire comme solution miracle aux problèmes de logement, et ce malgré son bilan en la matière. Une annonce qui vient à point pour un Président non encore candidat mais déjà en campagne, qui découvre les problèmes des Français à trois mois des élections.

A quelques semaines du 1er tour de la présidentielle, le Président de la République prétend avoir trouvé la solution miracle aux problèmes de logement que rencontre un nombre grandissant de Français. Une mesure qui laisse élus et professionnels sceptiques sur les effets réels d’une telle mesure, et qui est surtout loin d’être à la hauteur des besoins exprimés par la Fondation Abbé Pierre dans son rapport annuel sur le logement, qui fait état d’un déficit de 900 000 logements sociaux en France.

Il s’agit bien d’un simple effet d’annonce de la part de Nicolas Sarkozy, au regard de ce qui a été fait en matière de logement depuis 5 ans : diminutions des aides au logement, gel des terrains disponibles ou cédés à des prix prohibitifs et désengagement de l’Etat en matière de renouvellement urbain (ANRU). Les exemples ne manquent pas en Essonne. Ainsi, 15 communes n’ont aucune garantie que les opérations de renouvellement urbain déjà engagées bénéficieront de l’aide de l’Etat pour les poursuivre et les achever. C’est le cas aux Ulis, à Montgeron, à Vigneux, à Draveil, à Etampes, à Massy, à Athis-Mons, à Juvisy, à Savigny, à Epinay-sous-Sénart, à Quincy-sous-Sénart, à Palaiseau, à Courcouronnes, à Sainte- Geneviève-des-Bois et à Fleury-Mérogis. Les collectivités locales et les bailleurs ne pourront pas supporter le coût de ce désengagement de l’Etat, malgré l’aide de la Région et du Département qui eux, maintiennent leurs aides.

"Avec cette mesure gadget, le Président de la République se moque tout simplement des Français !", dénonce Jérôme Guedj, Président du Conseil général de l’Essonne. "Le coût du foncier constitue un frein puissant. Au prix du marché, notamment en Ile-de-France, aucun bailleur ne peut équilibrer une opération de logement social sans l’aide financière des collectivités locales. Or l’Etat est propriétaire d’un important foncier. Mais plutôt que le céder à des collectivités locales ou à des bailleurs sociaux, l’Etat se comporte souvent comme un vulgaire spéculateur".

C’est le cas notamment à Palaiseau, où Bercy a accepté de céder le terrain du centre des impôts du nord ouest Essonne, fermé depuis un an, à un prix prohibitif et en refusant de prendre en charge la dépollution du terrain. C’est le cas également à Crosne, où 1/8ème du territoire communal est bloqué par une emprise réservée à l’Etat pour le projet de déviation de la RN6, qu’on attend depuis… 50 ans ! A Marcoussis, l’exemple est encore plus frappant : le Ministère de la Défense, le Ministère du Logement et la ville de Marcoussis se sont mis d’accord sur le prix d’achat par la commune d’une propriété de 10ha comprenant un château, qui hébergeait jusqu’alors des officiers de la Marine : 900 000 €, ce qui permettait la réalisation d’un programme de 130 logements dont 73% de logements sociaux, et la rénovation des espaces verts de la propriété. Mais Bercy a mis son veto avec l’aval de Matignon, exigeant un prix de vente à 2,2 M€ ! Soit 2,5 fois le prix convenu entre les Ministères concernés et la commune.

 

"A l’heure du cri d’alarme lancé par la Fondation Abbé Pierre, je trouve particulièrement indécente cette soudaine agitation autour d’une thématique cruciale et pourtant abandonnée depuis 5 ans par le gouvernement", regrette Jérôme Guedj.

Ce désengagement de l’Etat se traduit concrètement en Essonne ; en matière de logement social, la diminution du financement public du logement social ne permet de réaliser que 3 800 logements par an, alors que, en 2011, 25 000 ménages essonniens restent toujours en attente d’un logement social.

Par ailleurs, depuis 2007, l’Etat a décidé de ne plus financer les PALULOS, autrement dit les opérations de rénovation de logements sociaux dégradés (hors ANRU). Du coup, sur les 30 000 logements recensés en 2006 comme devant être réhabilités, seuls 2 200 ont pu l’être.

"Il y a la parole, et puis il y a les actes. Depuis 5 ans, en matière de logement comme dans tant d’autres domaines, l’agitation peine à masquer les renoncements et l’inaction. Cette annonce précipitée aux visées électorales relève d’une stratégie du désespoir, à quelques semaines du 1er tour de la présidentielle", conclut Jérôme Guedj. "En tant que Président du Conseil général, je me rendrai à l’invitation du Président de la République, par courtoisie républicaine et non pour écouter le discours d’un candidat en campagne électorale, qui découvre les problèmes des Français à trois mois de l’élection".